• PHILIPPE JULEMONT

Comment photographier de la bière ?

par Philippe Julémont, photographe belge



La Belgique est un concentré de savoir-faire, de compétences et de passion pour la bière. Il y a quantité de brasseries artisanales et de micro-brasseries qui oeuvre pour la continuité de cette tradition. Pour mettre en valeur le produit, sa couleur, sa texture, sa mousse, en améliorer la communication, la publicité et promouvoir la vente, la photographie qualitative du doux breuvage est d'une importance capitale pour le marketing du brasseur.


Pour une séance photo sur la bière, il faut, outre le matériel photo adéquat (appareil photo haute définition, trépied, pieds, fond de studio, deux boites à lumière rectangulaires (stripbox), réflecteurs, diffuseurs, papier carton doré, plusieurs bouteilles de bières (pour remplir et remplir à nouveau le verre, et reconstituer la mousse, des petit bâtons de bois (ou des brochettes de barbecue en bois pour remuer la bière et faire remonter la mousse), de la glycérine, du vernis mat. Il faut aussi une bonne collaboration entre le brasseur et le photographe qui doivent s'entendre sur le rendu général de la photographie mais aussi sur des aspects techniques brassicoles comme ...la manière de servir la bière pour avoir de belles bulles et une mousse appétissante.


La lumière


Si la lumière est le critère décisif en photographie, c'est certainement vrai en photographie de bières. La lumière donne de l'ambiance, de l'atmosphère à l'image. Elle permet de voir la couleur du produit, sa transparence, sa texture, ses bulles et la qualité de sa mousse. Elle apporte aussi un "éclat" à la bouteille, à l'étiquette et au verre. Enfin, elle constitue un support important pour l'arrière-plan : le fond de la photographie, qui lui aussi joue un rôle important dans l'ambiance général du cliché.


Pour l'éclairage et sa maîtrise, rien de tel que la lumière de studio, même si une photographie en extérieur, à la lumière naturelle, dans une ambiance conviviale est aussi une option (mais ce n'est pas le sujet de cet article). Une technique consiste à utiliser des flashs de studio (mais il est tout à fait possible d'utiliser plusieurs flashs cobra), des boites à lumière rectangulaires qui adoucissent et diffusent la lumière de ces flashs, du papier diffuseur pour avoir une gradation progressive de la lumière sur la bouteille et le verre, un bol réflecteur et une grille nid d'abeille pour l'éclairage de l'arrière-plan (le fond de studio), et un snoot (c'est un cône qui oriente très fort la lumière) pour l'éclairage de l'étiquette. Pour éviter que l'éclairage ambiant de studio ne vienne perturber la lumière de l'image, il vaut mieux faire un test et faire un cliché sans les flashs : si l'image est noire, alors la lumière d'ambiance ne va pas influencer le rendu global. Les réglages de l'appareil photo qui fonctionnent bien sont 100 Iso, 125/s, f8, température de couleur automatique, mode de prise de vue manuel, mesure de lumière pondérée centrale.


Le snoot (cône) pour éclairer l'étiquette. On le place devant le produit, et on cherche le meilleur angle pour que la lumière très dirigée du flash ne se voit pas ou peu, sur la bouteille.






La boite à lumière rectangulaire (stripbox), que l'on dispose latéralement (90° de l'objectif) ou de trois-quart (135° de l'objectif)



Dans la disposition des stripbox, il faut chercher le meilleur angle possible, en fonction de la bouteille et du verre. La lumière latérale et/ou de trois-quarts permet de magnifier la couleur de la bière, de la diffuser le long du verre et de la bouteille, et de placer un liseré (une bande de lumière très fine et très vive sur le contour de ces deux contenants.


Le bol réflecteur et sa grille d'abeille pour éclairer l'arrière-plan.

Le papier diffusant pour le rendu graduel le long du verre et de la bouteille

La couleur


La couleur de la bière est valorisée par l'éclairage lui-même. Elle n'est pas modifiée par un logiciel de retouche. C'est donc la couleur de la bière éclairée latéralement, de trois-quarts ou de derrière. Nous pouvons aussi placer une feuille dorée cartonnée dorée brillante derrière le verre ou la bouteille pour réfléchir la lumière des flashs (mais si elle dépasse du verre, il faudra enlever le surplus en post-production). Il est important que la couleur donne envie de regarder et de déguster la bière, mais qu'elle soit naturelle. Le consommateur doit pouvoir retrouver cette couleur quand il déguste, même s'il n'est pas dans les mêmes conditions d'éclairage. Il peut s'en approcher, en extérieur, en plaçant son verre en contrejour, la lumière du soleil frappant le verre de bière par l'arrière.





La mousse et les bulles


La bière, comme n'importe quel aliment ou boisson se déguste d'abord avec les yeux. Qui est insensible à la beauté d'une assiette bien dressée et qui ne regarde pas la robe du vin avant de le déguster ? Dans un pays comme la Belgique (et bien d'autres, mais il semble que la mousse soit moins importante dans les pays anglo-saxons), le consommateur aime une belle mousse et un beau collet. L'idéal photographique est que la mousse dépasse légèrement le verre pour former un léger dôme. Le brasseur est donc bienvenu pour verser sa propre bière avec savoir-faire (ou montrer la bonne technique au photographe car chaque bière réagit différemment à la température, au verre...), pour avoir une mousse parfaite. Le photographe veille à bien éclairer cette mousse par un flash de devant muni d'un snoot (ou par le haut avec une boite à lumière). De même, voir les belles bulles fines remontées à la surface demande de préférence un appareil photo haute définition (j'utilise le Canon 5dsr de 52Mpx muni d'un objectif Macro performant comme le Tamron 90mm)





L'effet de fraicheur


Une bière se boit généralement fraîche. Pour donner cette image de fraicheur, voire même de givre, nous pouvons ajouter au verre et à la bouteille un effet de condensation, en ajoutant des fines gouttelettes. Cela peut se faire par un vaporisateur (comme pour se rafraichir le visage) mais en général, on utilise un mélange 50-50 d'eau et de glycérine qui permet de figer l'eau (que nous trouvons dans des magasins comme Di ou en parapharmacie) que l'on vaporise sur les contenants. Pour un effet plus réfrigéré, on peut aussi au préalable vaporiser le verre et la bouteille d 'un vernis mat que l'on trouve dans les magasins de bricolage ou de peinture. Si ce vernis est utilisé, il faut au préalable couvrir le haut du verre d'un papier (ou d'un papier collant) pour qu'il ne couvre pas la partie de la mousse, et l'étiquette de la bouteille.



L'ambiance générale


Il est assez fréquent de voir des photographies de bière sur fond blanc, en "packshot" qui ont pour principal défaut de ne pas mettre de l'ambiance dans la scène. On peut ajouter une atmosphère naturelle, par exemple en photographiant une personne ou un groupe d'amis dégustant la bière en toute convivialité, au jardin, dans une taverne, une brasserie, ou encore en photographiant la bière devant un beau paysage, un champ d'orge ou houblon ou une abbaye. Mais on peut aussi créer une belle atmosphère de studio en utilisant un fond noir ou un fond papier népalais texturé ton orangé, un fond en bois, une table en bois, ou une plaque de verre noire ou de plexiglas.





La composition


Lorsqu'on photographie une bière dans son verre, la bouteille et l'arrière-plan, nous pouvons photographier le tout simultanément mais nous pouvons aussi photographier les différents éléments de l'image séparément et faire une photo composite, un montage. Un des intérêts est que chaque élément est photographié de façon optimale (notamment, la bouteille et le verre ont leur propre liseré et leur propre lumière graduelle, et ne se provoquent pas d'ombre)



Si vous êtes brasseurs belges avec un besoin ou un projet photographique, je vous invite à prendre contact avec moi pour des photographies professionnelles, par le formulaire de contact de ce site ou par téléphone (0496/845599)


J'invite aussi tous mes lecteurs à parcourir parcourir ma page culinaire et ma page portrait


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